A nous autres Français, qui cherchons dans notre rayonnement passé notre raison d’être, on oppose constamment le modèle allemand.

Un modèle qui semble « marcher » en comparaison de notre essoufflement sans cesse rappelé.

En apparence, c’est vrai.

Les Allemands ne sont pas réellement plus riches que les Français (ils le sont même beaucoup moins au regard des chiffres édités annuellement par le Crédit Suisse Research Institute[1]).

Mais aux yeux de l’opinion mondiale, les Allemands ont infiniment plus de crédit que les Français. La crise des migrants l’a bien montré, de même que les décisions concernant la Grèce. C’est l’avis de Mme Merkel qui fut déterminant pour la prise des décisions.

Ce n’est pas nouveau. En 1991 déjà, une Europe réticente s’était sentie contrainte de reconnaître l’indépendance de la Croatie suite à la décision unilatérale de l’Allemagne. J’ai souvenir des lèvres pincées d’un François Mitterrand, attaché aux alliances traditionnelles (donc à la Serbie contre la Croatie), vexé d’avoir été mis devant le fait accompli malgré les promesses de Kohl.MK

Ce point rejoint celui de mon billet précédent « Ce que tout le monde croit vrai… ». Le monde croit en la puissance de l’Allemagne. C’est ce qui lui accorde son aura…

Ceci dit, d’où vient cette croyance dont bénéficient les Allemands ? Et qu’ils partagent eux-mêmes  aveuglément?

A la force de la règle.

Yohann Chapoutot, historien, germaniste, décrivait récemment chez Jean-Noël Jeannenet[2] le comportement de Mme Merkel en le raccrochant à des règles implacables, des règles bien souvent morales : un débiteur doit payer ses dettes (voilà la règle), alors la Grèce doit payer… Sans concessions. Il faut aider son prochain dans le besoin (Mme Merkel est fille de pasteur, rappelons-le), alors il faut secourir les exilés dans le besoin.

Magnifique émission.

Inutile de vouloir les imiter, nous Français n’en sommes pas capables. Parce que nous ne croyons pas à l’inviolabilité de ces règles. C’est la même volonté d’application des règles en Allemagne qui les a conduits à ce qu’il est inutile de rappeler. Les Nazis avaient bien pris soin d’enrober leurs horreurs derrière un arsenal juridique qui les rendait finalement acceptables.

Nous ne sommes pas des gens de la règle. Nous sommes des gens de valeurs. Liberté, Egalité, Fraternité. Amour, Justice, Respect et tant d’autres. La société française, les partis politiques, les entreprises, les scientifiques, les familles passent leur temps à redéfinir leurs valeurs et cherchent à construire leurs actions en conséquence.

FAC’est un positionnement bien plus difficile, bien moins lisible aux yeux des autres, mais tellement plus riche. Car il laisse à chaque individu la liberté et la souplesse d’agir au mieux. Et de discuter les règles.

Beaucoup de Français l’ont perdu de vue.

Le reste du monde ne le comprend pas.

Clarifions notre fonctionnement, le rayonnement suivra.

 

[1] Crédit Suisse Research Institute – Global wealth report 2014

[2] France Culture – Concordance des Temps – Allemagne et Grèce Septembre 2015

Pardon pour les pays faits de sous-officiers

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