On dénigre beaucoup à notre époque les gens de savoir, au profit des gens d’intelligence.

Le mythe moderne laisse entendre que le véritable génie comprend tout de soi, comme gratifié d’un don de naissance, sans besoin de faire appel au pesant labeur, à ce fameux travail que La Fontaine décrivait comme un trésor dans sa fable du Laboureur et ses Enfants.

Les vrais génies, reconnus, de tout domaine et de toute époque, Newton, Einstein, Chopin, Wiener, Rousseau, et tant d’autres, riraient allègrement d’une telle allégation. Inutile de rappeler le fameux rapport entre inspiration et transpiration selon Thomas Edison, la dernière étant de loin prépondérante pour toute réflexion créatrice.

Il convient de rappeler l’importance du savoir, comme guide de référence à toute action humaine.Einstein

C’est bien le savoir, qu’il provienne de l’éducation ou de l’expérience, qui permet à tout être humain de juger, par comparaison, du bien-fondé de ses actions en regard des objectifs qu’il poursuit. Souvent de manière spontanée et invisible, mais tout de même…

« Tout ce qui est incomparable est inconnaissable » disait Buffon. Le grand Buffon.

Pour comprendre, pour juger, pour modéliser, l’être humain a besoin de références. A la naissance, rien n’est clair, rien n’est juste, rien ne va de soi. Que des intuitions et effectivement, une capacité de raisonnement (intelligence) plus ou moins développée, qui permettra d’user à bon ou mauvais escient de son savoir.

La société me semble reculer sur le front de la transmission du savoir. L’économie de la connaissance, celle qui a émergé avec l’explosion des outils de partage sur le net, n’est-ce pas plutôt une économie de la communication, de l’échange ? Ces merveilleux outils que sont Facebook, Twitter, même les emails, transportent bien peu de savoir et beaucoup de verbiage, beaucoup de « balabala ».

N’est-ce pas logique alors, qu’on retrouve la vieille pensée, un peu aigrie, de Schopenhauer, qui se plaignait que la parole fût donnée à des ignorants, à des gens qui parlent sans « savoir » ? Malheureusement, les médias nous resservent toujours les mêmes personnes, qui parlent avec aisance et sûreté de tout et de rien, dans des décors brillants et animés.

Les gens de savoir, pour la plupart, ne sont pas sur ces plateaux. Ils sont, comme Montaigne, au fond de leur tour, en train de labourer le champ de leurs pensées pour y semer les graines de la connaissance humaine. Peu attirant en comparaison, il est vrai.

Au 21ème siècle, encore, les trésors ne sont pas accessibles à ciel ouvert.

Le savoir

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