François me présente sa situation. Pendant 3 ans, sans ménager ses efforts, il a œuvré au rétablissement des comptes de l’entreprise qui venait de l’embaucher. Plan de performance, réduction des coûts, redéfinition des process, tout est passé par lui. Avec succès. L’entreprise a évité le plan de licenciement qui était prévu. Et peut-être bien pire…

Au moment de l’embauche, on lui avait tacitement promis une entrée au comité de direction s’il réussissait. Trois ans plus tard, ses appels restent lettre morte. Mutisme de la direction. Il comprend bien à demi-mots que la réponse est négative. Il songe à changer d’entreprise. Mais ça signifie qu’il devra à nouveau faire ses preuves…

C’est un exemple désormais trop classique du choc contre le fameux plafond de verre.

De verre parce que transparent. Quand on est en-dessous, on ne le devine pas. Telle une mouche, on vient s’écraser contre lui alors qu’on croit deviner un accès libre vers l’étage supérieur. D’en haut, en revanche, on le sent parfaitement. On s’appuie dessus.

En réalité, ce plafond n’est pas si étanche que ça. J’en ai connu des gens, pas toujours compétents de surcroît, qui le franchissaient sans difficultés. Il suffit d’avoir les bons atomes, les bonnes affinités, les bonnes paroles, pour être comme aspiré vers le haut. Ou expulsé vers le bas, ça arrive également, même si c’est plus rare…

La première erreur consiste à penser que la compétence suffit pour le franchir. Elle est un atout, certes ; mais elle ne constitue même pas une condition nécessaire. C’est un travers fréquent, surtout chez les ingénieurs, de croire que le mérite sera inévitablement récompensé. Le constat inverse, souvent par l’expérience, engendre déceptions, désillusions, frustrations.

Cependant, la réalité est ainsi. Le passage du plafond se fait davantage sur des critères humains. Ne peut le traverser que celui qui a acquis la confiance totale de ceux qui s’appuient dessus. Cela signifie d’abord qu’il faut paraître inoffensif à leur égard. Qu’il n’y a aucun risque de déstabilisation du pouvoir en place, des équilibres établis, des fonctionnements acceptés de tous.

Pour se risquer à une analogie historique, un Bonaparte n’a aucune chance de le franchir. Sur un mode traditionnel, le pouvoir installé lui préférera toujours un Barras, incompétent, corrompu, mais garant de la continuité. Un Bonaparte n’a d’autre choix que de faire un coup d’état.

L’idéal est d’avoir des alliés solides, qui vous croient utiles et sans danger. C’est le sens politique qu’on attend d’un futur membre du comité de direction. Votre communication doit être adaptée à ce désir d’évolution. Ce qui ne signifie pas que vous devez être faux. Simplement prudent et attentif aux autres.

Quand j’accompagne des cadres supérieurs lors de prises de fonctions, je les invite dès le début à réfléchir à leur image vis-à-vis de la Direction Générale. Quels sont leurs objectifs d’évolution ? Que souhaitent-ils communiquer d’eux-mêmes ? Comment comptent-ils s’y prendre ?

Soyons clairs, l’objectif de tels accompagnements n’est pas d’apprendre à mentir. Simplement à aider les gens compétents à posséder les codes qui leur donneront plus de capacités d’action. Et c’est également pour le bien de l’entreprise.

 

 

Le verre est-il une matière étanche ?

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