Par-delà les colères inconscientes, le mouvement des gilets jaunes exprime des revendications caractéristiques de l’équation économique et sociale française, celle que nos gouvernants tentent vainement de résoudre depuis environ quatre décennies.

Si on observe même rapidement le pot pourri des revendications exprimées le 28 novembre[1], et qui dépassent largement le cadre des taxes sur les produits pétroliers, il est possible de distinguer trois tendances caractéristiques du mécontentement populaire, partiellement contradictoires :

  1. La réduction des taxes et charges (TICPE, Charges patronales, droits de succession…)
  2. Le maintien et même le renforcement des prestations sociales (augmentation du SMIC, des retraites, des APL et des aides financières aux étudiants et aux entreprises)
  3. La réduction du budget de l’Etat, et donc de la dette publique

Réduire les taxes et augmenter les distributions de subsides publiques converge difficilement vers une réduction du budget de l’Etat ou des dépenses publiques. Réciproquement, une réduction des taxes combinée à une baisse du budget de l’Etat risque fort d’affecter la durabilité des prestations sociales. Naturellement, les représentants des gilets jaunes y ont pensé. Les solutions qu’ils proposent pour équilibrer le budget font juste état d’une limitation des salaires et des retraites des hommes politiques, ainsi que la suppression du Sénat.

Or, parmi les notions mathématiques de base, il en est une qu’il faut toujours garder à l’esprit si on veut jauger la validité de ses résultats. C’est la notion d’ordre de grandeur. Il est tout à fait légitime de gérer rigoureusement les deniers distribués à nos représentants ; est-ce de taille à combler les milliards que coûteraient augmentations des aides et diminutions des taxes ?

Assurément, les Français paient trop de taxes. Mais l’équation posée telle quelle est impossible à résoudre. Les Allemands l’ont résolue par une remise en cause de leur modèle social, via les lois Hartz, promulguées entre 2003 et 2005. On sait qu’il en a résulté la paupérisation d’une importante catégorie de population[2] !

En France, des choix sont à faire. Pas obligatoirement ceux des Allemands. Mais pendant combien de temps croyez-vous qu’on pourra continuer à repousser la réécriture de cette équation sans solution ?

 

[1] Revendications lisibles sur : https://www.lejdd.fr/Politique/verbatim-voici-toutes-les-revendications-des-gilets-jaunes-3809783

[2] Voir notamment : https://fr.euronews.com/2017/07/26/travailleurs-pauvres-en-allemagne

Equation sans solution …

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