Ce matin, sur le site du Monde, les trois articles les plus lus concernaient des rencontres de la coupe du monde de Rugby.

Quoi ? A l’heure où des milliers de réfugiés assiègent la « forteresse » Europe, tandis que la Grèce jouait dimanche dernier son avenir politique, alors que le Burkina est en proie à une révolution de militaires presque intègres, les lecteurs du Monde (a priori des gens plus cultivés que la moyenne) se passionnent en priorité pour un simple jeu de ballon.

Et moi aussi…

Depuis trois jours, je parcours rapidement l’actualité pour descendre au niveau des pages sport et consulte fébrilement les résultats et les vidéos.

Pourquoi ? Pour quoi ?

Je laisse de côté les rivalités historiques, sûrement présentes dans le rugby. Un Français prend toujours plaisir à vouloir se mesurer au monde anglo-saxon et lui rappeler que nous existons à notre manière.

Par-delà ces élans nationalistes, il y a un plaisir individuel : le sens tactique de la charnière, la force et l’énergie déployées par les avants, le dynamisme et la puissance des arrières en attaque, tous ces éléments forcent l’admiration. Voir des hommes (ou des femmes) rivaliser dans l’effort physique est un spectacle impressionnant qui réveille nos instincts profonds. L’essai d’Aaron Smith, par exemple, exploit personnel tout en puissance, fruit d’un magnifique travail d’équipe, m’a proprement bouleversé.aaron smith

Mais il y a aussi le plaisir tout pascalien de la chasse, la chasse s’opposant à la quête. Jusqu’au coup de sifflet final, la lutte reste ouverte et nul ne sait qui triomphera. J’y retrouve le sentiment profond de « cet homme qui a perdu depuis peu de mois son fils unique et qui, accablé de procès et de querelles, (…) est tout occupé à voir par où passera ce sanglier que les chiens poursuivent avec tant d’ardeur depuis six heures. » (Pensées)

C’est ainsi que la joie explose, la joie d’assister à la victoire japonaise sur les Springboks, par exemple, une joie partagée de voir un exploit se réaliser, par pure abnégation et volonté.

Le seul vainqueur, au final, c’est l’homme, toujours capable de se dépasser, de régénérer ses instincts primitifs et de communiquer, l’espace de quelques heures, avec ce que Lévi Strauss nommait « l’indicible pureté des origines ».

Quoi ?

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