pauvretéJ’assistais ce matin à un débat d’économistes réputés autour de la question du rôle de l’Etat dans la protection et la justice sociale.

Quatorze pourcent de pauvres en France, c’est inadmissible !

Le système de redistribution ne serait-il pas plus efficace s’il était confié à des privés ? Des riches un peu moins taxés ne seraient-ils pas plus enclins, et avec un meilleur rendement, à aider des gens dans le besoin ? Pourquoi cet attachement, en France, à un modèle prônant l’Etat comme seul autorisé à réduire les différences de richesse via l’impôt ? Un Etat dont, finalement, tout le monde se plaint.

Ces questions méritent d’être posées. Les données chiffrées qui mettent en rapport l’argent investi par l’Etat et les résultats obtenus sur le terrain, que ce soit pour la réduction de la pauvreté, la formation, le retour à l’emploi, la politique de la ville, etc. ne plaident pas en faveur d’une vision pikettyste de la macroéconomie.

Alors, pourquoi ce tabou autour de la délégation de la redistribution au privé ?

La réponse pour moi n’a rien de financier. Elle est avant tout culturelle et humaine.

Imaginez une fondation privée détenue par un Drahi ou un Arnaud, en charge de l’aide aux plus démunis.

Tout d’abord se pose la question de la pertinence de l’action. Comment seront choisies les personnes aidées, puisque ces donateurs ne peuvent naturellement pas pourvoir aux besoins de tous ? Sur recommandation, par cooptation, à la « gueule » du pauvre ? C’est un risque, mais qui peut certainement se mitiger par l’encadrement juridique d’un tel système et par des contrôles (de l’Etat, bien sûr).

D’autre part, les personnes aidées ne risquent-elles pas de se trouver confrontées à des pressions, à une dépendance, vis-à-vis d’un privé intéressé à exercer un pouvoir sur des gens qu’il « achèterait », au final ? Ceci dit, la corruption existe également dans le public, qui connaît régulièrement des affaires de trafics ou de mœurs de la part de personnes en autorité.

Je pense au final que la réponse est autre, et principalement psychologique.

Accepterait-on la vision d’un riche « disposant de ses pauvres » ? La pensée que des êtres humains voient leur survie ou leur confort garantis par la bonne volonté d’un puissant, en tant qu’homme et non qu’institution, me semble proprement insupportable au pays de Voltaire et de Robespierre. Sommes-nous vraiment égaux en droit si un tel système se met en place ?

Assurément, cette réaction est fondamentalement hypocrite. Les riches disposent de moyens, de réseaux et de juristes qui les placent dans une situation avantageuse en regard du droit. Néanmoins, je devine ici un symbole, celui de la reconnaissance implicite de cette inégalité de fait, qui va à l’encontre de notre constitution et de notre histoire.

Institutionnaliser la redistribution privée, ce serait accepter cette inégalité.

Les pauvres

2 réflexions au sujet de « Les pauvres »

  • Bonjour,

    Merci pour cet article ! Il m’a permis de mieux comprendre les enjeux culturels autour de la question de la redistribution des richesses.
    Mais la conclusion de l’article me laisse perplexe ; j’ai l’impression d’y lire que, publique ou privée, la redistribution des richesses est forcément corrompues par les riches.
    Ai-je bien compris ?

    1. Bonjour,
      Merci pour votre commentaire.
      Corrompue, non, je ne pense pas.
      Il s’agit d’un rapport d’influence parfois presque inconscient entre ceux qui sont en position haute (et qui veulent le rester) et ceux qui ont besoin d’aide.
      Il n’y a pas obligatoirement de malice intentionnelle. Ceux qui aident font du bien mais ils en tirent un bénéfice, parfois simplement en terme d’orgueil personnel, pour reprendre les arguments des moralistes du XVIIème.

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